Studio



«C'est chez moi, raconte Nara Leão, qu'est née la bossa nova. Dans l'appartement où je vivais avec mes parents, au numéro 2856, Edifício des Champs-Élysées, sur le front de mer de Copacabana. Tous les artistes de la bossa nova - de ce qui allait devenir la bossa nova - se réunissaient chez moi, en 1957, alors que j'avais à peine quinze ans. Il faut dire que mes parents étaient très libéraux. J'avais été élevée d'une façon très indépendante: je pouvais faire ce que je voulais et recevoir qui je voulais, sans aucun problème.

«Et c'est comme ça que, peu à peu, tout le monde a fini par se retrouver chez moi. Toute une rapaziada [une bande de jeunes gens]. C'était de la folie: les gens poussaient la porte, s'installaient, faisaient de la musique et, quelquefois, il nous arrivait de passer jusqu'à trois jours et trois nuits sans dormir une seule minute.

«Mes parents, eux, entraient et sortaient comme si de rien n'était. Simplement, ils disaient en partant: "Je vais au travail" et en revenant: "Je rentre du travail" ! C'est tout.

«Et nous, on continuait à faire de la musique, à parler et à rire. Quand on avait faim (que ce soit à trois heures de l'après-midi ou à cinq heures du matin), on préparait une bonne macaronada, un bon plat de pâtes. On dévorait ça et, immédiatement, on recommençait à faire de la musique.

«C'était une maison ouverte, je te dis ! Dès que quelqu'un arrivait, il n'avait qu'à pousser la porte et il venait s'installer au piano. Ou alors, il prenait la guitare et il jouait tout ce qu'il voulait: classique, samba, jazz... On mélangeait tous les genres et on pouvait jouer de tout. C'était comme ça, sans arrêt: musique, musique et musique. Sans arrêt.

«Les gens qui venaient chez moi s'appelaient João Gilberto, Vinícius de Moraes, Tom Jobim, Ronaldo Bôscoli, Roberto Menescal, Baden Powell, Oscar Castro Never (qui a d'ailleurs cassé toutes mes guitares tellement il était fou, agité, nerveux !) et d'autres encore...»

Jean-Paul Delfino, Brasil Bossa Nova, Edisud - 1988 - Grand Prix du Label France Brésil – Préface de Georges Moustaki



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